Reconnaissance des biens communs / publics et des droits collectifs par les peuples
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Conclusions de la Conférence de réflexion publique - 22 novembre 2010, Potsdam / Allemagne
Récapitulatif des étapes de réflexions franchies dans le cadre de notre projet
L’action quotidienne, convaincue jusqu’à ce jour que la globalisation était nécessaire pour avoir un tant soit peu d’existence, s’est laissé par pragmatisme, soumettre de plus en plus au pouvoir de la finance. Des règles de pure gestion managériale ont imposé leurs logiques et leur langage aux organisations et institutions oubliant l’éthique et la solidarité pour ne considérer que les résultats immédiats des seuls propriétaires/actionnaires. Emprisonnés dans ce dogme des conceptions économiques des rapports humains et malgré l’évidente exagération des inégalités, la logique financière se partage aujourd’hui ce qui reste de derniers biens communs. Ces privatisations de biens essentiels à la vie conduisent à des dérives catastrophiques pour les peuples et la planète (eau, nourriture, air, biodiversité). Ces biens étaient une responsabilité partagés plus ou moins consciemment, leur privatisation entraîne une vulnérabilité pour la vie même des peuples et de la planète.
Or la vie collective est constituée de pratiques éthiques politiques, techniques, ludiques mêmes en pleine contradiction avec les logiques financières. Mode de fabrications collectives, mouvements d’usager, formes de communautés solidaires, services publics sont des réalités vécues de tout temps ces manières de penser la vie en commun défini un autre langage des échanges et construit d’autres perspectives d’avenir. Mais la transformation en sources de profits financiers par la privatisation de ces pratiques collective au sein d’entreprises soumises aux règles des multinationales leur donne une valeur boursière sur les marchés internationaux en leur retirant toute valeur humaine. L’utilité sociale et l’éthique de ces entreprises est dénigrée au profit du seul profit numérique des nouveaux propriétaires privés.
L’échec social du libre échange, révélé par l’accroissement spectaculaire de la répartition des richesses, l’échec de la libre concurrence, révélé par l’émergence de trusts mondiaux d’une puissance sans concurrence qui se partagent de moins en moins les marchés, l’échec du libéralisme monétaire qui se révèle par l’impossibilité de réduire les paradis fiscaux, font qu’il devient nécessaire aujourd’hui de dénoncer cette logique financière d’un libre échange fondé sur une économie construite sur le dogme de l’optimisation des profits pour la remplacer par une économie au service de la solidarité en privilégiant l’équilibre des échanges afin d’en assurer leur pérennité.
Comment envisager un tel changement de société ? Voilà aujourd’hui la priorité de nos travaux. Conceptualiser la notion juridique de « biens communs » devrait entraîner cette réécriture de notre tissu social et ses modes d’échanges. Face à la globalisation spéculative, ils doivent reconstruire une conception planétaire de la vie, pour veiller à ce qu’ils ne soient pas dévoyés comme outils pour accroître des compétitivités et des dominations régionales ou nationales.
Ces biens communs planétaires devraient pouvoir abolir la globalisation négative, ils appartiennent aux individus, à eux de quitter l’irréalisme irraisonné des marchés, pour une évolution vers un réalisme solidaire. Aujourd’hui de partout des voix et des initiatives [1] s’expriment en ce sens car les conditions de la transition sont atteintes, après l’écroulement du communisme nous vivons celui du capitalisme, l’un devrait être le tuteur de l’autre.
Depuis le départ, nous étions convaincus que l’Europe par son histoire et sa culture était le lieu où pouvait se réaliser cette émancipation, mais la globalisation digère même ces spécificités, pourtant un sursaut exemplaire est possible, l’Europe doit montrer qu’il est possible de construire d’autres relations sociales avec le monde en construisant cette éthique du « bien commun planète ». L’évolution est en route, ne manquons pas ce train, ne nous trompons pas de destination, au train où vont les choses apprenons à négocier ce tournant majeur. Les fonctionnements et les langages de nos sociétés ne doivent plus être configurés par soumission au financiaro-centrisme et si nous ne sommes pas capables de construire un monde ou le bien commun planétaire prend tout son sens, c’est la planète qui nous effacera de son histoire.
Biens communs – « biens privés/publics » ?
Nous avions longtemps considéré cette notion des biens communs de façon interne à l’Europe, applicable au reste du monde, mais aujourd’hui nous comprenons qu’elle est simplement le respect de la pluralité des développements solidaires. Cette notion ne recherche pas l’intérêt de la finance, mais la santé de la planète et de son humanité. Ce « Bien commun » est la « sécurité sociale » du monde, une garantie pour son utilisation respectueuse, rechercher une harmonie optimale, permettant à chacun son développement personnel. Quels biens communs peuvent contribuer à cet espoir ? Lesquels peuvent surclasser efficacement la globalisation financière. Une triade essentielle se dessine et peut devenir les outils de reconstruction du monde :
Nature, nutrition, noosphère [2] ce qui permet la vie.
Connaissance et savoir ce qui donne à l’humanité sa spécificité.
Paix ce qui permet de vivre ensemble.
Cette triade est fondée sur l’amour et la solidarité pour le monde et son humanité, elle abolit l’exclusion, instaure l’égalité devant les lois, la fraternité dans les échanges, la liberté dans les pensées et les voyages. Elle est le but vital aux autonomies solidaires. Mais pour la garantir, il ne faut pas se contenter de niveau minimum de ressources mais celle de niveau optimum, afin que chacun puisse épanouir ses talents tout au long de sa vie. La réussite de ce nouveau monde se mesurera au bien être du plus faible de tous ses membres.
Chaque peuple s’attribuant ces objectifs, pourront se concerter dans ces buts pour distribuer avec sagesse et dans le respect des générations futures, les biens particuliers et ressources dont il est responsable.
Ces biens communs sont divers dans chacune des trois dimensions citées, mais ils s’imposent par un raisonnement éthique fondé sur le vivant et sa variété prioritaire et non sur une logique financière fondée sur une unité de pensée réduite aux notions monétaire. Prenons quand même conscience d’un risque de détournement de sens de la notion « bien commun » en référence à la planète, et la notion de « bien public » national donc d’une certaine façon bien privé d’un état ou d’un groupe d’état, devenant une forme de reconnaissance d’une rente collective d’un groupe ne comblant que de façon locale des inégalités au détriment du reste du monde.
Le débat nous rappelle celui portant sur l’intéressement des travailleurs, qui n’a pas apporté de remède à la correction des grandes inégalités. Tout juste, a-t-il accru la complicité des bénéficiaires avec le système, lors des grandes spéculations majeures (par exemple à propos des matières premières ou des innovations). L’opération. correspond à une dé-privatisation, collectivisation partielle, faute de pouvoir être rendue totale par la constitution de véritables coopératives. Elle vient en aide au capital, qui de la sorte doit moins rémunérer le travail et disposer de plus de disponibilités pour payer ses financiers. Cependant, certains feront remarquer, à juste titre, qu’elle faciliterait le retour des services publics, mais soulignons une fois encore que cela ne changera rien dans les faits, si la gestion demeure financière et non de trans-mondialisation.
Droits collectifs de « double citoyenneté »
Insistons donc pour que les concepts de biens communs et surtout de droits collectifs correspondants, ne soient pas galvaudés, mais deviennent opérants dans le passage à une autre Société ; et cette fois-ci sans que son architecte en soit la Finance.
Dans cet esprit, l’utilité des concepts devient alors de toute première importance, car ils orientent les revendications des populations vers plus de démocratie nationale et mondiale à la fois. Ils servent leur "double citoyenneté," pour faire reculer la Finance (telles que le font les institutions, des parcs naturels, pour se mettre à l’abri des spéculations et servir l’intérêt général). Constitutionnellement, le bien commun mondialement institué, contraint les États à coopérer et à s’autoréguler, en solidarité. Les Droits collectifs ont ainsi un fondement réel et concret qui oblige à des comportements de droits et de devoirs universels, afin d’honorer la Vie.
Les droits collectifs sont des "droits moteurs," pour que l’homme transcende ses talents, vers une "sécurité sociale du monde" : ils sont à tous les échelons, régions, État, Union d’États, Monde, à l’origine d’organisations sociales diverses et variées, à partir de coopérations autonomes et solidaires de base. Pour illustrer ce propos, il faut prendre l’exemple de villages de montagnes qui ont communautarisé leurs ressources forestières, agricoles, fruitières pour assurer un niveau d’équipement et de vie décent pour leurs populations et échanger leurs propres spécificités avec celles de leurs voisins.
Les droits collectifs apportent le "nécessaire" indispensable à l’exercice de la citoyenneté. Solidarisés, ils donnent du sens à la double citoyenneté nationale et mondiale. Il est pour cela utile de les identifier à plusieurs niveaux d’échanges en fonction des situations, des évènements et des territoires. Bien entendu, ces échanges ne peuvent être figés dans un corpus prédéfini, puisqu’il s’agit, non pas de mécanique, d’automatique, mais de la Vie elle même dans sa chaîne de complexité. Cela demande de la comprendre, plus que de chercher à la manipuler ou à lui trouver des substitutions ce qui revient à l’oublier en fin de compte.
Il ne s’agit plus de concevoir une administration planificatrice d’un monde hypertrophiée, au service d’un gouvernement même légitime. Mais d’une organisation fondée sur l’écoute des hommes et des territoires, encouragée par leur active participation, par l’expression libre et non récupérée ou exploitée, de leurs talents.
Chaque citoyen par son appartenance locale et mondiale, s’appuie sur ces biens communs pour les faire s’accomplir suffisamment pour construire autant sa citoyenneté dans son territoire, que celle de son appartenance solidaire avec la planète. En tant que plateforme, ces droits et biens deviennent les prémices pour libérer une synergie des efforts, conduisant à une responsabilité envers le monde. Ainsi, les droits collectifs d’accès aux biens communs, entraînent des devoirs à plusieurs niveaux. La mise à disposition des talents fait l’objet d’un "contrat social du monde solidaire."
Aujourd’hui, plusieurs projets proches militent dans ces perspectives tels que le « Contrat social européen » avancé par le Forum permanent, et le projet « Reconnaissance des biens communs / publics et droits collectifs par les peuples », avancé par le Réseau des Citoyens européens Union des peuples solidaires.
Il n’est plus question d’abuser des ressources d’autres pays, pour en profiter égoïstement, même en faisant miroiter une volonté de co-développement. Les droits collectifs, en complément des droits de l’homme et du citoyen, induisent de fait le partage, générant une nouvelle dynamique pour notre monde…
Un pacte (pour une autre société civile mondiale)
Un pacte, un engagement solennel à partager est donc nécessaire à la nouvelle société des peuples solidaires. Il devrait inviter à participer à la conception du « contrat social du monde solidaire ». Celui-ci est essentiel pour que le monde ne remette pas sa gestion entre les mains de la Finance.
Ce contrat engage les hommes à s’en porter garants, en amont et en aval, « sur leurs têtes ». Ils doivent s’interdire l’accumulation au détriment d’autrui. Dès lors, ils s’excluent d’eux-mêmes s’ils deviennent des traders, puis des rentiers de la Finance, après avoir fonctionné aux bonus d’intéressements avec des salaires exorbitants. Par nécessité de survie, ils se préoccupent des générations futures, à qui ils transmettent le contrat pour seul héritage. Ce pacte prend valeur d’engagement dans ce sens.
Peut-on dire dès lors, que le(s) bien(s) commun(s) et les droits collectifs n’ont de valeur que s’ils ressortent d’un pacte des peuples solidaires ? Oui mais, gardons à l’esprit l’inquiétude majeure de son possible détournement. En effet, par la reconnaissance des biens communs / publics et la description juridique et légale des droits collectifs et la démocratie participative il faudrait rendre impossible que ce pacte ne puisse être utilisé pour continuer comme avant, et même renforcer la puissance de la Finance en l’aidant à promouvoir des produits et services dérivés :
Ecologie-Finance, tels que les taxes carbones ou autres droits à polluer
Finance humanitaire, tels que l’usage des ONG déstabilisants parfois des économies locales
Paix-Finance, tels que l’achat de stabilités politiques par financements de gouvernements autoritaires.
En s’appuyant sur le concours de sociétés civiles, incitées à "travailler plus pour gagner plus" d’influence. Dans la floraison des entrepreneurs en organisations non gouvernementales, il en est qui veulent volontiers s’emparer de ces idées, pour offrir leurs bons offices de brouillage aux gouvernements et institutions en place et ce, bien entendu, moyennant finance, en gardant l’image d’une activité non lucrative et indépendante des administrations publiques ou d’entreprises privées pour garder leur crédibilité.
Cela montre l’importance de la « cooptation » des signataires du pacte des peuples solidaires. Ils doivent être choisis, convaincus qu’ils participent à un mouvement qui les engage dans l’avènement de la nouvelle société même si cela conduisait à leur propre détriment individuel. Il ne sera pas constitué, ni de partis politiques traditionnels, ni d’associations thématiques, mais d’artisans et chercheurs, explorateurs des coopérations constituantes. D’où, l’importance de leurs déconnexions qui se sont produites très tôt, en post-globalisation.
Conclusions
Pour pouvoir avancer plus efficacement et plus clairement sur ce projet, la majorité des participants à cette première conférence de réflexions publique de Potsdam ont aboutit à cet accord pour présenter cette voie d’évolution en soulignant l’essentiel la « reconnaissance » des biens communs / publics et la description justiciable des droits collectifs, ensuite nous insistons sur la méthode et la forme de cette reconnaissance que nous revendiquons « par les peuples », exprimée par une large participation des citoyens à la décision, nécessaire pour une approbation par les instances légales nationales, communautaires et internationales.
Les participants invitent les acteurs de la société civile à coopérer au-delà des nations, au travers de leurs réseaux pour affirmer les biens communs et les biens publics. Cette notion pourrait faire partie de leurs objectifs. En agissant et participant collectivement à la mise au point d’un catalogue des biens communs et des biens publics destinés à faire partie des fondamentaux reconnus pas la loi, nous ouvrirons à chaque peuple ou chaque groupe de personnes des droits à ces biens communs et engendrera au-delà du droit de l’homme un droit collectif des peuples nécessaire à leur harmonies.
Une méthode pratiquable en pourrait être la fondation et le développement d’un "Mouvement de rassemblement de citoyens européen" poursuivant catégoriquement les principes éthiques dans l’exécution d’un pouvoir dirigeant le développement d’une société. Un tel Rassemblement de citoyens devrait se présenterait avec une liste transnationale de candidats aux prochaine élection européennes. Son programme inclurait
la réalisation du principe constitutionnel de la démocratie participative
la reconnaissance de la société civile en tant que partenaire légal dans la gestion de la société communale, régionale, nationale et européenne
la reconnaissance de biens communs et publique
la reconnaissance juridique des droits collectifs aux biens communs et publics
la solution pacifique de tous les litiges entre les peuples et à l’intérieure des nations.
Uwe Sattler - Horst Grützke - Edith Preiss - Bernard Sordet - Alain Persat - Prof. Wilhelm Ersil - Ronald Blaschke - Gerd Ruben - Detlef Nagath
[1] 14ème semaine européenne de la philosophie, Cité philo 2010, Lille : "L’avenir du commun" Novembre 2010
[2] Marshall McLuhan called the noosphere a "cosmic membrane that has been set by the electrical extension of our various senses around the globe," i.e. "a technical intelligence for the world."
